Voie Antique ?…
Deux approches du tracé de cette voie antique qui traverse Plassac-Rouffiac, à deux époques différentes. Les deux s’accordent sur la nature du chemin. Une divergence s’opère quant à son tracé dans sa partie proche de l’océan. Le premier, AF Lièvre, en 1892, fait passer le chemin par Pons, Gémozac et le fait arriver à Royan. En 1962, Joseph Piveteau, tout en reconnaissant les travaux de AF Lièvre, conteste sa version, et trace cet itinéraire entre l’estuaire de la Seudre, dans la région de l’Éguille et du Guâ et la Dordogne…
Contrairement aux voies romaines, les chemins gaulois n’étaient pas construits, mais ils étaient empierrés et aménagés sur certaines parties. Ils étaient souvent établis sur les hauteurs où le sol est sain, le tracé plus sûr. Les chemins demeurés limites de communes sont souvent considérés comme étant d’époque gauloise.

Version AF Lièvre.
« Cette ancienne route est très connue dans le pays, et les géomètres du cadastre, tout en dénaturant son nom de diverses façons et jusqu’à en faire le chemin de la Fée, l’ont indiquée sur les plans d’une douzaine de communes.
Elle est aussi très souvent mentionnée dans les titres, tantôt sous le nom de grand chemin de la Faît, tantôt sous celui de grand chemin de la Faiteau. La plus ancienne de ces mentions est de 1452*. Nous avons affaire à une voie antique : un chemin de long parcours qui existait à la fin du moyen âge doit être considéré comme romain ou gaulois.
Cette voie traverse Voulgézac, Rouffiac, Plassac et Jurignac, et séparait ensuite les anciennes paroisses de Nonaville, Malaville, Bonneuil, Sonneville, Lignières et Saint-Palais-des-Combes, qu’elle laisse à gauche, de celles de Birac, Eraville, Saint-Preuil et Segonzac, situées à droite, puis elle franchit le Né vers Saint-Fort.
Depuis Sarrum (Voir paragraphe dans les notes en abs de l’article.) jusqu’à Saint-Fort, elle se tient constamment sur les hauteurs qui départissent les eaux entre la Charente et le Né, son affluent, et c’est à cela qu’elle doit son nom de chemin de la Faît.
De l’autre côté du Né, sur un sol moins accidenté, la chaussée est plus droite. Elle passe à Saint-Martial, Jarnac-Champagne, Chadenac et Biron de l’autre ; puis elle arrive à Pons ; et de là, à Gémozac et enfin à Royan ».
(Source : Les chemins gaulois et romains entre la Loire et la Gironde : les limites des cités, la lieue gauloise / par A.-F. Lièvre, 1892)
* Une date plus ancienne a été trouvée depuis les travaux de AF Lièvre, dans un texte latin au 13e siècle.
Version Joseph Piveteau
« Une voie bien remarquable partait de la région de l’Éguille et du Guâ, dans l’estuaire de la Seudre. Un long tracé qui fut une piste protohistorique ou peut-être même préhistorique, avant de devenir un chemin qui a traversé toute notre histoire. Cette longue piste révèle l’importance pré-romaine de cet ensemble d’installation portuaire du fond de l’estuaire de la Seudre. »
« Elle suit constamment une ligne de crête. Elle traverse tout le département de la Charente, sous le nom de chemin de la Faît, pour aller se perdre en Dordogne… Interminable et énigmatique tracé, antérieur à toute ville et qui nous vient des couches les plus lointaines de notre histoire. » (Le Centre-Ouest et la mer aux époques Gauloise et Gallo-romaine, BHAC 1962).
Notes
Sarrum : C’est entre Villebois-Lavalette et Charmant qu’on situerait Sarrum sur la Table de Peutinger (carte romaine du 3e siècle environ). L’abbé Michon le situe plutôt vers Charmant, et AF.Lièvre la voit vers Vesne (commune de Voulgézac) ou Puygâti (commune de Chadurie). L’archéologue Jacques Dassié confirme la fourchette Villebois – Charmant, et la rétrécit avec un rayon de 6 km autour du château de la Mercerie (entre Ronsenac et Magnac-Lavalette-Villars). De nombreux vestiges romains ont été trouvés un peu partout dans la région (villas, postes militaires), mais on n’en a pas encore trouvé de probants dans cette fourchette.
Conclusion. La position de Sarrum reste indéterminée, mais sa localisation probable, quelle que soit l’hypothèse retenue, peut être circonscrite à un cercle de 6 km de rayon, centré sur le château de La Mercerie, commune de Magnac-Lavalette-Villars.
Étymologie
Le mot Faît vient de ce que le chemin se tient toujours sur les hauteurs, alors que son voisin, le chemin Boisne, suit une longue plaine, étroite et basse. L’orthographe du mot varie beaucoup dans les documents anciens et modernes. On trouve : Fest, Fays, Laffays, Faye, Faix, Faie, Festau, Faîteau, Fêtau, et même le chemin de la Fée !
Itinéraire
Après Genté, le chemin traverse Boissac et tout le sud de la commune de Segonzac, où il porte le nom de grand chemin de Segonzac à St Preuil. La voie est très visible encore sur les cartes. Ce chemin est absolument parallèle au chemin Boisné et, par Eraville, après St Preuil, il gagne Bouteville par les hauteurs, et prend alors le nom de chemin de la Faît, bien connu dans la région. Il coupe la N10 vers Pétignac, et devient la D107.»
Après Jurignac, le chemin rejoint Plassac et Rouffiac. Là, il tourne au sud, juste après le lieu appelé Beauchamp, gagnant toujours au plus haut, et après avoir longé plusieurs mottes : la motte à Jouzaud, la motte à Tout Vent, il passe à La Brousse, chez Babot et rejoint la Martinière en passant près de la ferme ruinée de Chez Nivelet.
Il traverse Chadurie et passe le ruisseau de l’Herse au Pas de Chavenat, puis, par Aignes et Puypéroux, gagne Chavenat et sort du département après le village de la Faiteau, en limite de la commune de Vaux et de Salles-Lavalette, au Moulin du Got.
